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La connaissance de la physiologie de l'effort du cheval d'endurance permet de
tirer les enseignements applicables concrètement sur le terrain.
Pour la clarté de l'exposé nous n'avons retenu que les grandes lignes de cette
physiologie.
Remarque: Toutes les connaissances de physiologie, d'entraînement... ne sont
applicables et utiles que pour un cheval entretenu correctement et en état.
C'est à dire : vermifuge régulièrement et alimenté d'une manière
équilibrée, sans surcharge de poids.
1 - Les différents types d'effort du cheval
Au cours d'une épreuve d'endurance le cheval fournit des efforts de types
différents caractérisés par leur intensité, leur nature et leur durée.
Chaque type d'effort fait appel a un métabolisme particulier qu'il est
nécessaire de connaître pour mieux comprendre son cheval, donc mieux
l'entraîner et mieux courir.
A - le métabolisme anaérobie alactique
C'est le métabolisme du sprint, du saut, de l'effort court et violent. C'est
aussi le démarrage de tous les types d'effort (y compris l'endurance) :
- Durée moins d'une minute
- Intensité maximale
- Carburants : phosphagéne (ou A.TP.) disponible immédiatement dans le muscle
- Déchets Chaleur (calorie)
- Applications : La puissance disponible est ‚norme (et renforcée par
l'excitation du départ) mais elle s'applique à un corps froid et raide d'où
un risque certain nombre de lésions.
Remarque: Anaérobie signifie sans consommation d'oxygène.
A-lactique signifie sans production d'acide lactique.
Au bout de 1 mn les réserves de carburant disponible immédiatement dans le
muscle sont épuisées et il est nécessaire de faire appel à un autre
métabolisme énergétique. Il y a deux solutions qui correspondent aux deux
autres types d'effort :
B - le métabolisme aérobie
Si l'intensité de l'effort est inférieure à 40% de l'intensité maximale
le cheval est en AÉROBIE.
C'est la filière principale de l'effort d'endurance :
- Durée : en principe illimitée
- Intensité : jusqu'à 30 à 40% du maxi
- Carburants : Oxygéner fournit par la respiration et Acides gras (lipides)
- Déchets : Chaleur seulement (calories)
- Applications : Le carburant est illimité (lipides et oxygène) ce n'est donc
pas lui qui limitera la durée de l'effort. Les déchets autres que la chaleur
sont recyclés aussitôt et entravent peu la poursuite de l'effort. La fatigue
qui, à la longue, surviendra tout de même est due à un ensemble de micro
déséquilibres dans les échanges liquidiens.
Seule la chaleur dégagée par l'effort est nuisible si elle n'est pas
évacuée au fur et à mesure.
Il faut un certain temps pour la mise en place de cette filière
énergétique :
Au bout de 20 mn de fonctionnement le métabolisme du cheval est en équilibre
dans la voie aérobie
A - le métabolisme anaérobie lactique
Quand l'intensité de l'effort est supérieure à 50% de l'intensité
maximale on est en Anaérobie Lactique.
- Durée : de 3 mn à 20 mn selon l'intensité
- Intensité : 50% et plus
- Carburants : glucose sanguin et glycogène contenu dans les muscles et le
foie.
- Déchets : acide lactique qui se dépose dans les muscles et chaleur.
- Applications : Il est parfois nécessaire d'utiliser en course la puissance du
cheval : Gravir une pente sans trop "rétrograder", faire une
accélération plus ou moins longue pour les besoins de la course... A chaque
fois que l'on fait appel à cette puissance on entame le capital non
renouvelable et on stocke des déchets qui perturbent l'ensemble de l'organisme.
C'est l'accumulation d'acide lactique dans la cellule musculaire qui est le
facteur limitant principal de ce type d'effort. (C'est le responsable des
courbatures).
Il y a une ZONE DE TRANSITION entre les seuils aérobie et anaérobie (voir
schéma).
- Au-dessus du seuil aérobie on commence à produire des lactates mais il y en
a peu et l'organisme arrive a les recycler aussitôt.
- Au-dessus du seuil anaérobie la production de lactates dépasse les
capacités de recyclage. Ils s'accumulent dans le muscle et mettent en péril
son intégrité.

REMARQUES:
A haut niveau pour conduire l'effort du cheval il est utile de connaître la
valeur des seuils aérobie et anaérobie de son cheval.
Dans certains cas des tests d'effort permettent de mieux les cerner.
Protocole : on fait effectuer au cheval des efforts progressifs (on augmente
la vitesse par palier) et on dose les lactates dans le sang à la fin de chaque
palier.
La lactatémie est la concentration de lactates dans le sang elle s'exprime en
milligramme par litre de sang (mg/1) ou en millimole par litre (mmole/1).
Le seuil aérobie correspond à une intensité de travail qui fait apparaître 2
mmole/1, le seuil anaérobie 4 mmole/1
On peut ainsi déterminer les vitesses correspondant à chaque seuil ce qui est
révélateur du niveau d'entraînement et de performance du cheval à un instant
précis.
Ces tests peuvent compléter la perception directe que le cavalier a de son
cheval, mais ils ne peuvent en aucun cas la remplacer.
En particulier les vitesses obtenues pour des temps d'effort très court
(paliers de 3 mn) ne sont pas applicables en course.
L'écoute et l'expérience du cavalier lui permettront de mieux connaître son
cheval et de retrouver en compétition les seuils qui marquent le changement de
métabolisme.
CONSÉQUENCES PRATIQUES :
Le franchissement du seuil aérobie est comparable pour un moteur à
l'entrée dans une zone rouge car on ne peut rester longtemps au-dessus de ce
seuil.
Sur le terrain la difficulté principale est de reconnaître le passage d'un
métabolisme à l'autre car ce n'est pas seulement une question de vitesse.
Il faut tenir compte des paramètres qui peuvent abaisser la vitesse
correspondant au seuil aérobie (parfois la diviser par deux).
Ces paramètres sont les suivants :
La pente, l'altitude et le degré de fatigue du cheval modifient l'intensité et
la nature du travail musculaire du cheval.
La température, l'humidité de l'air (degré hygrométrique) entravent la
dissipation de la chaleur.
Tout l'art consiste à doser convenablement l'effort, à gérer les temps forts
et les temps de récupération active tout au long de la course.
2 - RÉCUPÉRATION DE L’EFFORT
Rappel :
Dans l'effort aérobie l'oxygène apporté par la respiration est suffisant pour
alimenter "le moteur" : il y a équilibre.
Par contre, dés que l'on passe au-dessus du seuil anaérobie, il y a stockage
de déchets (acide lactique) et création d'une dette d'oxygène.
La dette est proportionnelle à la durée et à l'intensité du surcroît
d'effort.
L'organisme va devoir rembourser cette dette après la fin de l'effort.
C'est-à-dire qu'il va continuer à fonctionner à haut régime tant qu'il reste
des déchets à recycler (fréquence respiratoire et surtout fréquence
cardiaque élevées).
C'est une des raisons du contrôle de la fréquence cardiaque. Si vous avez
dépassé les capacités de votre cheval : la dette d'oxygène est longue à
rembourser et la fréquence cardiaque ne descend pas rapidement.
Récupération active : Il est possible de rembourser une dette d'oxygène
légère tout en continuant de courir. Après un effort important, vous êtes
entré en zone rouge, vous avez produit des lactates et une dette d'oxygène. Si
vous trottez calmement en dessous du seuil aérobies au bout d'un moment le
cheval commence à récupérer et reste dans la course.
3 - DÉROULEMENT D'UNE COURSE
Nous allons suivre le déroulement d'une épreuve et replacer dans ce
contexte les données théoriques se rapportant à chaque phase.
a) avant le départ
Ne pas nourrir dans les 2 heures avant le départ car la masse sanguine
occupée par la digestion ne sera plus disponible pour le démarrage de
l'effort.
La mécanique est froide, les mouvements même s'ils sont énergiques ne sont ni
très précis, ni contrôlés.
Il faut mettre le cheval sur ses pieds. Échauffer progressivement les
articulations et le dos. pratiquer des étirements, faire marcher le cheval, lui
faire effectuer des exercices d'assouplissement.
Cela permet en plus de "vérifier les commandes", de mettre le cheval
aux ordres et d'échauffer le cavalier.
b) la première demi-heure
C'est le moment ou il faut gérer l'excitation, ne pas gaspiller trop
d'énergie. "Les circuits du cheval vont s'ouvrir" progressivement. Il
faut essayer de ne pas les saturer à ce moment-là pour permettre
l'installation du métabolisme aérobies
Au bous de 20 à 30 mn, l'équilibre aérobie est atteint, on sent que le cheval
a trouvé son second souffle, son allure de croisière.
c) les phases d'effort moyen
Si le cheval est dans les allures correspondant à son niveau d'entraînement
il est en équilibre aérobies on a l'impression qu'il peut aller jusqu’au
bout du monde.
Les problèmes :
1 - Évacuer la chaleur produite par l'effort. Doucher, refroidir aussi souvent
que nécessaire en fonction de la température ambiante. Un fort taux
d'humidité dans l'air augmente le risque d'hyperthermie.
2 - Compenser les pertes de sueur : c'est à dire les pertes d'eau et les pertes
d'éléments minéraux contenus dans la sueur.
Pour éviter la déshydratation il faut habituer le cheval à boire souvent
et toutes les eaux qu'on lui propose (différence d'odeurs). Un début de
déshydratation s'accompagne souvent d'un arrêt de la soif qui aggrave le
problème.
d - les efforts plus importants
(Les grandes côtes et les allures vives de plus d'une minute).
Le cheval est dans la zone rouge (au-dessus des seuils aérobie et anaérobie).
On ne peut y rester longtemps : La difficulté est d'en doser la durée et
l'intensité. Il faut qu'à la fin de cet effort supplémentaire le cheval soit
même de récupérer tout en restant dans la vitesse moyenne de la course.
Il est inutile de forcer l'allure à un moment donné si on est obligé de
rester au pas un long moment pour récupérer.
Avec l'expérience, c'est le cheval qui vous "dit" quand il a
récupéré d'une grosse côte. Le rythme et le son de sa respiration,
l'amplitude des foulées, l'éveil et le tonus général vous renseignent sur sa
récupération.
Si un cheval est mené au-dessus de ses possibilités du jour, il augmente ses
risques de "tomber" en hypoglycémie : il s'arrête ne veut plus
avancer et se jette sur tout ce qui ressemble a de la nourriture (il a une
"fringale"). Il faut le nourrir et lui laisser le temps d'assimiler.
On peut dans ce cas lui donner des sucres rapides. (morceaux de sucre...)
e - les haltes vétérinaires
Vous avez deux objectifs :
1 - L'objectif principal est de mettre le cheval dans les meilleures
conditions pour récupérer de ses efforts et lui permettre de continuer la
course.
- Il faut l'aider à réguler sa température : Continuer à le refroidir, ou
plus rarement à le maintenir au chaud dans les cas de froid vif et de vent.
(Pour refroidir ne pas mouiller le ventre, le dos et les reins).
- Il faut réhydrater : il est possible d'utiliser des électrolytes, mais
souvent les électrolytes sur le marché sont conçus pour des sprinters : ils
combattent l'acidose alors qu'au contraire l'effort d'endurance met le cheval en
alcalose métabolique (manque de chlore, potassium, sodium, calcium,
magnésium).
- Il faut éviter les crampes (des massages peuvent remplacer avantageusement le
fait de marcher).
- Il faut le laisser tranquille. Le stress est très nuisible à la
récupération du cheval. Il faut lui éviter l'agitation et la nervosité
(même si on est sous pression), Il ne faut pas non plus le sortir de ses
repères habituels. Si on le douche ou si on le masse. Il doit y être habitué.
- Il faut, sur les courses longues, le nourrir avec des aliments facilement
assimilables.
- Il faut surveiller le bon fonctionnement des reins. Pour les chevaux qui
n'urinent que sur la paille, ne pas oublier d'en amener quelques poignées.
2 - Le deuxième objectif est de passer avec succès le contrôle
vétérinaire.
- Les points que contrôlent les vétérinaires sont des indices qui vous aident
à mieux connaître l'état de votre cheval.
Contrôle de la déshydratation : Les déficits en eau (de 20 à 40 L ou plus)
s'observent par :
La persistance du pli de peau à l'épaule, l'enfoncement des yeux, Le mauvais
remplissage capillaire de la gencive, (elle doit retrouver sa coloration en
moins de 3 secondes), La sécheresse et la diminution des crottins, La baisse de
l'élimination urinaire.
f - après la course
Ne pas donner à manger dans les 2 h qui suivent de l'effort (à part du
foin).
L'organisme à besoin de se rééquilibrer lentement, ce n'est pas le moment de
le surcharger La masse sanguine n'est pas disponible pour la digestion avant 2
à 3 h. Si on donne des aliments concentrés, trop tôt, on risque des coliques.
Même si on est arrivé et fatigué, il est indispensable de fournir les mêmes
soins que pendant les haltes vétérinaires.
On peut poser des emplâtres sur les membres. Ils favoriseront le drainage.
Le Lendemain, offrir au cheval une récupération active (sortie calme avec des
petits trots pour aider l'élimination des déchets)
Il faut impérativement surveiller attentivement le cheval pendant les 2 à 3
jours qui suivent une course, même si tout s'est bien passé.
Plus la différence est grande entre son niveau d'entraînement et l'effort
auquel il a été soumis, plus il mettra de temps à récupérer complètement.
LES AUTRES FACTEURS
INTERVENANT DANS L’EFFORT ( cf. article sur l’entraînement du cheval)
a) les différents métabolismes
énergétiques de l'effort concernant les fibres musculaires.
Certaines fibres musculaires sont-elles mieux adaptées à l'effort d'endurance
?
Quelle est l'influence de l'entraînement sur ces fibres ?
Quelles sont les races de chevaux ou elles sont dominantes ?
b) les membres, les pieds et la
ferrure doivent supporter cet effort.
Quelles doivent être les caractéristiques, les soins et les entraînements de
chacune de ses parties ?
L’analyse de l'effort du cheval ne s'applique qu'à un cheval entraîné,
quel que soit le niveau de la course : qualificative, régionale ou nationale.
Gérard PICARD
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