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CHEVAUX SOIGNÉS SUR LES EPREUVES NATIONALES D’ENDURANCE ÉQUESTRE :
CAUSES, MANIFESTATIONS ET CONSEQUENCES -
RESULTATS DE L’ETUDE DE 200 CAS

Céline ROBERT
Ecole Nationale Vétérinaire d’Alfort
Association Française des Vétérinaires d’Endurance Équestre
eMail crobert@vet-alfort.fr

Depuis une décennie, le nombre de partants sur les épreuves d’endurance équestre ne cesse d’augmenter. Parallèlement, le nombre de chevaux éliminés et de chevaux soignés augmente lui aussi de façon exponantielle.
Afin de mieux prévenir et gérer les problèmes métaboliques qui surviennent sur les épreuves d’endurance, tous les chevaux nécessitant des soins vétérinaires sur 19 CEI-B, 5 CEI-A et 3 épreuves de Championnat entre 1998 et 2000 ont fait l’objet d’une enquête. Les cavaliers et les vétérinaires traitants ont été invités à remplir un questionnaire portant sur :
1/ le cheval, ses antécédents médicaux, sa carrière et son alimentation ;
2/ l’épreuve en elle-même : transport avant l’arrivée sur le site, compétences du cavalier, vitesse sur la piste…
3/ les aspects purement médicaux : symptômes, diagnostic, traitement et évolution.
Grâce à la collaboration des cavaliers et de leur équipe, des vétérinaires et d’étudiants vétérinaires, 200 fiches ont ainsi été recueillies puis analysées.

Résultats

• Éliminations et soins :

Selon les épreuves, 4,2 à 16,4% des chevaux au départ ont nécessité des soins, alors que 17,2 à 58,6% des chevaux ont fini la course dans de bonnes conditions et se sont classés.
Les chevaux soignés ont parcouru en moyenne 84 km, c’est à dire que la majorité ont été arrêtés au 2ème ou au 3ème vet-gate.

• Vitesse :

La plupart des chevaux soignés ont tourné entre 13 et 15 km/h pour une vitesse moyenne de 13,9 km/h. La faible proportion de chevaux soignés ayant couru lentement peut s’expliquer par un effet protecteur des vitesses lentes. Quant aux vitesses rapides, il est probable que seuls les chevaux en excellente condition avec des cavaliers confirmés puissent les soutenir : soit ils terminent brillamment la course, soit ils sont arrêtés avant que des troubles graves nécessitant des soins ne se développent.

• Chevaux :

La population de chevaux soignés est typique des chevaux d’endurance : majorité de chevaux arabes et croisés arabes, de couleur grise, d’un âge moyen de 9 ans.
Les hongres et les juments représentent chacun 40% des chevaux soignés alors que les entiers ne sont que 20%. Cela peut s’expliquer par la plus faible proportion d’entiers qui prennent part aux courses. Il sembleraient également que certains entiers aient un comportement « protecteur » et qu’ils s’arrêtent d’eux-mêmes lorsqu’ils peuvent encore récupérer sans traitement médical.

• Carrière du cheval :

De nombreux chevaux soignés étaient peu expérimentés puisque 46,7% d’entre eux n’avaient jamais pris part à une épreuve nationale et que 58,2% ne s’étaient jamais classés à ce niveau de compétition. En outre, 10,4% avaient fait l’objet d’au moins une élimination auparavant au cours de la saison.
Il semble donc que la première participation à une nationale représente un facteur de risque. Les chevaux novices doivent être gérés avec davantage de précautions que les autres.

• Préparation de la course :

Il est bien connu que le transport sur de longues distances est un facteur de stress et favorise le développement de maladies chez les chevaux. Cet état de fait, bien établi chez les chevaux de course, se confirme chez le cheval d’endurance : plus de 50% des chevaux soignés avaient voyagé sur de longues distances (500 km ou plus) ou longtemps (durée supérieure à 6 heures) pour arriver sur le site de la course. Il semble donc indispensable d’accorder au cheval le maximum de temps possible pour récupérer du transport avant la course, en particulier lorsque le voyage a été long.

• Alimentation du cheval :

Les erreurs alimentaires sont fréquemment apparues lors de notre enquête. Ainsi, près d’un cheval soigné sur deux avait eu une modification de sa ration alimentaire (en quantité ou en qualité) dans la semaine précédant la course. Il semble donc utile de rappeler que tout changement alimentaire doit être progressif chez le cheval et qu’il faut environ un mois pour adapter la flore digestive à métaboliser efficacement un nouvel aliment.

Dans certains cas plus anecdotiques, des erreurs typiques de gestion du cheval sont directement à l’origine des troubles observés : cas de chevaux gardés au box pour les préserver la veille de la course et développant un coup de sang sur la première boucle, grave dorsalgie occasionnée par l’utilisation d’une selle neuve le jour de la course, coliques chez des chevaux n’ayant pas l’habitude de vivre au box…

• Symptômes :

Les symptômes observés sont ceux qui sont habituellement recherchés lors des contrôles vétérinaires. Dans la moitié des cas, les chevaux présentaient des signes évidents de fatigue, d’épuisement et de déshydratation. Dans un quart des cas, les chevaux soignés présentaient des signes de raideur, des crampes musculaires ou des coliques.

• Diagnostic – gravité :

Le diagnostic posé le plus souvent a donc été une déshydratation (33%), un épuisement (29%) ou une myopathie (27%). 16% des chevaux ont été soignés pour flutter diaphragmatique, 15% pour colique et 12% pour boiterie. 4,5% des chevaux soignés ont développé une fourbure. Les signes cliniques ont été considérés comme préoccupants ou graves dans 40% des cas.

• Évolution :

Dans 70% des cas, les troubles métaboliques ont disparu dans les heures suivant la mise en œuvre du traitement et le cheval est apparu en bonne santé lors du contrôle du lendemain. Cependant, 30% des chevaux ont nécessité des soins ou une surveillance attentive pendant plusieurs jours. A notre connaissance, au moins 3 chevaux sont morts des suites de la pathologie développée au cours de la course : 2 des suites d’une fourbure et un de septicémie.
Seuls 41% des chevaux soignés se sont classés sur une épreuve nationale dans les 2 années qui ont suivi et seulement 23% se sont classés au moins 2 fois. En moyenne, le premier classement a été obtenu un an après la course où le cheval a été soigné.

En conclusion…

Cette étude représente un premier pas vers la compréhension et la prévention des troubles métaboliques chez le cheval d’endurance. Cependant, en l’absence de population de référence constituée de chevaux sains, ces premiers résultats ne permettent pas de quantifier l’influence des facteurs de risque évoqués et sont à considérer avec précautions.
Néanmoins, il apparaît que les troubles métaboliques ne sont jamais anodins puisqu’ils peuvent aller jusqu’à entraîner la mort, et dans une moindre mesure mettre un terme à la carrière d’un cheval. Cette étude permet aussi d’entrevoir un certain nombre de pistes pouvant conduire à émettre des recommandations en terme de préparation et de gestion du cheval avant et pendant la course.

Les apports de ce travail préliminaire nous incitent à poursuivre cette enquête. En 2003, les chevaux soignés sur toutes les CEI seront répertoriés et un questionnaire sera rempli avec le vétérinaire traitant. D’autre part, tous les cavaliers au départ seront invités à remplir une fiche d’enquête sur leur cheval, sa carrière, son alimentation, la gestion de la course... Nous espérons ainsi mettre en évidence des différences de gestion des chevaux terminant les CEI sans difficultés et des chevaux soignés. L’objectif à terme est de mieux prévenir les troubles métaboliques, mieux les dépister et mieux les gérer.


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